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Le Marin – MARTINIQUE

Carnet de Bord Martinique - Escale du 3 Février au 2 Avril 2012

Deux mois d’escales et que d’aventures… !

Maurice, notre tendre et dévoué moteur, qui montrait des signes de faiblesse depuis notre départ de La Rochelle, nous lâchait définitivement dès le deuxième jour de la traversée de l’Atlantique. Ce, malgré maintes réparations.

Il fallut donc s’y résoudre : sortir Maurice du bateau pour le soigner. Opérations à cœur ouvert, qui lui font perdre son petit frère le démarreur.

Alors on attend la pièce, qui vient de France. Les évènements et rebondissements s’enchaînent et ne se ressemblent pas, tout comme les jours, les semaines et finalement les mois. A se demander si le temps ne se serait pas accélérer de l’autre côté de l’Atlantique.

Mais, ce fut un mal pour un bien puisque nos pérégrinations nous auront menées jusque Quentin Devos. Rencontré sur les pontons du Marin, ce dernier nourrie une passion pour la construction d’éolienne. Tiens, tiens ! Ca semble faire écho avec la mission en Haïti dont nous préparions les derniers détails logistiques avec Camille Lefèvre qui nous avait rejoint pour sa réalisation.

Et hop, deux équipiers de plus pour la QOVOP. Quand il y en a pour 4, il y en a pour 6. Si, si, on vous assure.

La QOVOP au mouillage avec ses deux copains. 

Haïti approche… et ça se sent !

George Arnauld, que nous rencontrions pour qu’elle nous présente l’Association des Femmes la Martinique nous parla avec beaucoup d’émotions de féministes Haïtiennes avec qui elle travailla et qui furent emportées dans le séisme le 12 Janvier 2010.

Créée le 11 juin 1944 par des femmes issues en majorité du parti communiste au lendemain de la guerre, avec le droit de vote des femmes. Avec à sa tête Jane Léro. C’était une section de l’Union des Femmes Françaises. Elle devient Union des Femmes de la Martinique au début des années 60, pris donc son autonomie vis-à-vis de l’UFF. A l’époque les membres de cette association étaient issues du milieu populaire, en parallèle, une autre association, « La Voix des Femmes » était tenue par la bourgeoisie de Fort de France, avec Mme Paulette Nardal. Elles luttaient aussi à leur manière pour les droits des Femme mais surtout de leurs classes sociales.
A cette époque, les femmes au sein de l’association étaient très actives en politique, présentes sur le tréteau des élections, elles créèrent la première crèche en Martinique.

« Aujourd’hui notre combat continue, avec un engagement auprès des femmes victimes de violences. C’est ce qui prend 90 pour cent de notre énergie et de notre budget. Nous avons créé en 2001 le 1er centre d’hébergement et un espace d’écoute qui leur sont dédiés.

Comme toutes les associations féministes, nos membres sont exclusivement des femmes. Nous voulons qu’elles se sentent en confiance, entre elles, qu’elles apprennent à parler de leurs problèmes de Femme, qu’elles reprennent confiance en elles et puissent discuter sans état d’âme de leurs propres problématiques. Bien entendu lors de manifestations nous sommes soutenus également par des hommes qui prennent part au combat.
Pour nous la société est mixte d’un point de vue numérique mais elle n’est pas mixte dans sa dynamique. Nous ne sommes pas dans une société d’égalité entre les hommes et les femmes, des différences persistent, issues d’une culture patriarcale et machiste.
Je suis moi même née sur une habitation de cannes à sucre où le machisme était présent dans toute sa splendeur. J’ai donc pu voir les conditions de vie des coupeuses de cannes qui, souvent quand elles avaient besoin de travailler, donc avoir de l’argent elles devaient avoir une relation sexuelle avec le commandeur. Les choses n’ont pas beaucoup changé dans notre société où le chômage est très présent
Et la position de la Femme dans la société est une chose qui m’a marquée dans mes débuts en tant que militante politique. Les femmes sont les premières victimes de la précarité, des bas salaires, elles élèvent souvent seules les enfants, avec un métier qui ne lui permet pas de vivre.
Toutes ces situations amènent à se poser des questions sur le droit des femmes. Le féminisme lutte pour l’émancipation des femmes, pour qu’hommes ET femmes vivent mieux ensemble et dans l’égalité. On pose ainsi les bases de la démocratie. Et la démocratie est pour moi fondamentale. Aucune société ne peut se dire démocratique tant qu’il y en a qui souffrent et que les droits des femmes ne sont pas respectées. C’est pourquoi je milite avec passion. Cela fait parti de mon quotidien.
J’ai d’abord rencontré Haïti à travers Toto Bissainthe, une grande chanteuse et comédienne Haïtienne qui se produisait à Fort de France lors du festival culturel de Fort de France. J’ai également connu Haïti à travers des féministes Haïtiennes que nous rencontrions lors de congrès avec les autres communautés de la Caraïbe. C’est ainsi que nous nous sommes liées d’amitié.
Le forum social que nous avions organisé en 2006 reste un moment inoubliable. Je garde en mémoire le franc parlé de nos sœurs Haïtiennes qui à l’époque m’avait beaucoup touché. La dernière fois que j’ai vu Myriam Merlet c’est en septembre en Martinque. J’ai rencontré Anne Marie Coriolan, c’est à l’aéroport de Port au prince, lors d un colloque sur la citoyenneté et un autre sur le sexisme, la non mixité au sein du système scolaire.
J’ai rencontré également Magalie Marcelin en 2000 alors qu’elle animait la marche mondiale des femmes à New York. Je la revoie debout sur l’estrade parlant quatre langues.
Et puis le 12 Janvier 2010, le drame arriva. Je n’ai pas encore réussi à faire le deuil de Myriam Merlet pour moi c’était inimaginable. Je n’ai pas les mots pour en parler.
Aujourd’hui je reste en relation permanente avec Haïti, j’ai été à l’hommage qui leur a été dédié le 8 Mars dernier.
Ce que je veux dire aux femmes Haïtiennes les femmes de l’UFM, sont tout proches de vous. Nous n’avons pas beaucoup de moyen mais nous aimerions faire plus et contribuer à des projets. Nous admirons leur courage, nous les embrassons toutes. Nous les aimons, nous aimons le peuple Haïtien, qui fut la première République noire. »

 

L’escale en photo !

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